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Présentation générale de l’unité

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Présentation de Mesopolhis – UMR 7064
Aix-Marseille Université, CNRS, Sciences Po Aix

Unité implantée sur 2 sites :
• à la Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme,
5, rue du Château de l’Horloge. CS 90412 - 13097 Aix-en-Provence Cedex 2
• à l’Espace Philippe Seguin de Sciences Po Aix
31, avenue Jean Dalmas, 13100 Aix-en-Provence

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Sous la tutelle d’Aix-Marseille université, de Sciences Po Aix et du CNRS, le laboratoire Mesopolhis – Centre méditerranéen de sociologie, de science politique et d’histoire – est une Unité mixte de recherche pluridisciplinaire (UMR 7064). Il est principalement composé de sociologues, de politistes et d’historiens mais aussi de démographes et de géographes et affiche un intérêt marqué, mais non exclusif, pour l’espace euro-méditerranéen.
Il s’intéresse à la dimension historique et transnationale des dynamiques de transformation des sociétés de la zone euroméditerranéenne. Il porte attention aux changements qui traversent les structures institutionnelles de gouvernement de ces mondes sociaux. Il valorise les pratiques d’investigation qui documentent précisément la connaissance du social et du politique et qui font des démarches empiriques, spatialisées et longitudinales des objets de réflexion. Il propose en outre d’interroger l’image pour son potentiel d’enrichissement dans les formes de recherche et d’écriture de la recherche en sciences sociales, et d’inventorier comment les disciplines rapprochées par l’unité pensent la différence dans leurs procédures d’inférence.


Les axes de recherche

Les thématiques de recherche de la nouvelle unité sont regroupées en 6 axes :
- Axe 1. « Socialisation, éducation et culture » ;
- Axe 2. « Migrations, mobilités, circulations » ;
- Axe 3. « Croyances et politique » ;
- Axe 4. « Dynamiques socio-spatiales et mobilisations politiques » ;
- Axe 5. « Violences, crises et conflictualités contemporaines » ;
- Axe 6. « Normes, déviances, savoirs de gouvernement ».

- Axe 1 / Socialisation, éducation et culture – animé par Ariane Richard-Bossez et Nathalie Chapon
Cet axe s’intéresse aux actions de socialisation structurantes pour le cycle de vie des individus. Les recherches portent ainsi sur différents âges (petite enfance, enfance, « jeunesse », entrée dans la vie adulte, etc.) ainsi que sur les instances ou institutions qui servent de cadre à ces actions (la famille, l’école, la formation professionnelle, l’enseignement supérieur et les politiques publiques, notamment culturelles). Les travaux se fondent sur une conception interactive de la socialisation, non réductible à un processus unilatéral d’apprentissage, mais plutôt définie comme relation d’échanges entre générations, que ces rapports soient de solidarité ou d’entraide, de transmission (de savoirs, de biens matériels ou symboliques…) ou bien de concurrence ou de conflit. L’originalité de cet axe consiste en une approche transversale qui entend relier, par l’analyse des pratiques sociales, les domaines sectoriels de la sociologie de la famille, de l’éducation, de l’art et de la culture.
Les travaux couvrent ainsi trois principaux champs thématiques :
- Mutations des liens de famille, des âges de la vie et des rapports entre générations
- Éducation, pédagogie et politiques scolaires en France et en Europe
- Art, littérature, culture : pratiques, publics, institutions, formes symboliques.
Mots-clés : Socialisation, éducation, culture, inégalités, démocratisation, famille, enfance, jeunesse, enseignement, curricula, formation professionnelle, art, littérature, lecture, publics, médiation, création, représentations sociales.

- Axe 2 / Migrations, mobilités, circulations – animé par Marc Bernardot
Un des défis de cet axe tient au nécessaire et toujours renouvelé travail de définition et de délimitation, tant sociologique, démographique, géographique que politique et historique des concepts de migration et de mobilité. Profitant du caractère pluridisciplinaire de la nouvelle unité, l’axe engage une démarche réflexive sur le renouvellement des cadres de pensée dans ce domaine de recherche par un décloisonnement disciplinaire et méthodologique et par le décloisonnement de champs théoriques entre migration/immigration d’une part et migration/mobilité d’autre part.
Les recherches font ainsi dialoguer la question migratoire et différentes formes de mobilités spatiales et de circulation. Les travaux sont orientés principalement sur l’aire européenne et méditerranéenne, en intégrant les lieux de départ, de passage et d’accueil, ainsi que des zones, routes et points de passage et/ou de blocage des migrations. Les focales peuvent s’appliquer aux pays de départ, d’accueil et de transit ou d’expulsion, tout en tenant compte des évolutions rapides des routes migratoires, tout comme des périodisations (temporalités longues ou courtes, selon les processus et contextes : départs, exil, attente durable, installation, retour, mais aussi expériences coloniale et néocoloniale, déplacements forcés, crises environnementales et climatiques). Les programmes déclineront les investigations sur ces problématiques de déplacement jusqu’aux aspects touchant aux structures familiales, aux rapports de genre, aux modèles éducatifs, aux mémoires individuelles et collectives, aux formes de travail, aux modes d’habitat et aux rapports à l’espace, y compris dans leurs aspects sécuritaires ou de mobilisation. Ainsi, trois types d’acteurs et d’objets en mouvement intéressent particulièrement les chercheurs de l’axe 2 :
- La diversité des formes de mobilité internationale
- Les politiques migratoires et d’accueil : acteurs, institutions, espaces
- La fabrique et la circulation des savoirs et des discours sur la migration.
Mots-clés : Mobilités internationales, migrations contraintes/volontaires, politiques migratoires et d’accueil, subjectivités migrantes, familles et migrations, circulation des pratiques et des savoirs, espace euro-méditerranéen, transnationalisme, enquêtes multi-situées.

- Axe 3 / Croyances et politique – animé par Dilek Yankaya
Si les croyances sont un objet classique des sciences sociales, habituellement rangé parmi des systèmes de représentations, les chercheurs réunis dans cet axe s’intéressent aux convergences entre des travaux en sciences sociales du religieux qui sont critiques envers la réduction aux représentations et envers l’exotisation des croyances, et des recherches en sociologie politique qui sont attentives au gouvernement des conflits et à la régulation sociale. Les recherches conduites se saisissent de cet objet pour interroger les rapports entre les trois modalités du politique : les objets d’adhésion (croire), les pratiques (faire) et les discours (énoncer). L’objectif est de faire travailler ensemble les acquis d’une littérature riche mais dispersée entre les sciences sociales du religieux, la sociologie de la politique informelle (rumeurs, complotisme, survivalisme…) et la sociologie politique des institutions (mythes, mémoires, récits…). Restant attentifs aux acteurs et aux apports de variations d’échelles, il s’agit d’étudier la construction et l’administration des catégories de croyances (religieuses, progressistes, rationnelles…) ainsi que leurs politisations dans des situations concrètes. Deux champs thématiques sont privilégiés :
- Les croyances en (la) politique
- Les logiques économiques du croire.
Mots-clés : Croire/croyances, énonciation du politique, institutions, communautés religieuses, politique informelle, fabrique des autorités, controverses sociales, islam contemporain, politiques publiques du religieux, laïcité, économies morales, religion et capitalisme.

- Axe 4 / Dynamiques socio-spatiales et mobilisations politiques – animé par Stéphanie Dechézelles et Jean Lagane
Cet axe s’inscrit au croisement de plusieurs domaines d’étude cloisonnés d’ordinaire. D’une part, l’analyse des divers types de rapports qu’entretiennent, sur un même territoire, des groupes sociaux qui se caractérisent par des propriétés socio-économiques, professionnelles, résidentielles distinctes, et dont la coexistence produit des spécifications supplémentaires pour le territoire et des réarrangements des différences entre ces groupes sociaux situés spatialement. D’autre part, l’étude des transactions entre le champ spécialisé de la politique et les multiples acteurs de la « société civile » qui revendiquent une position d’interlocuteurs, d’intermédiaires ou de porte-parole de préoccupations collectives. En rapprochant ces deux champs d’étude, il s’agit d’interroger comment des ensembles composites d’acteurs, aussi bien publics que privés, interagissent autour d’interventions ou de projets d’interventions des autorités publiques sur le territoire pour les discuter, les contester ou les (re)négocier.
D’un point de vue méthodologique, cet axe met en avant une approche constructiviste. Refusant les lectures naturalisantes, les membres de l’équipe s’attachent à restituer les processus à travers lesquels les acteurs étudiés s’emploient à convaincre leurs contemporains de l’importance de certains « enjeux », « problèmes publics », « troubles », « risques » ou « menaces ». Dans ces analyses localisées des phénomènes sociaux, la question des échelles (spatiales et temporelles) revêt également une grande importance, tant celles d’observation des chercheurs que celles des acteurs qui s’en saisissent pour se situer les uns par rapport aux autres. Les travaux portent essentiellement sur deux thématiques :
- Dynamiques sociales et gouvernement des territoires
- Analyse localisée du travail politique.
Mots-clés : Mobilisations, controverses, territoires, environnement, cadre de vie, expertises, professionnalisation, groupes sociaux.

- Axe 5 / Violences, crises et conflictualités contemporaines – animé par Nicolas Badalassi
Cet axe s’inscrit dans le champ des relations internationales, des études de la violence et des conflits, du fait militaire. Par son positionnement interdisciplinaire, il s’inscrit dans le courant des War and Security Studies et mobilise des grilles de lecture transnationales. Il se situe dans des renouvellements scientifiques : approches anthropologiques de la violence et de la guerre, nouvelle histoire des relations internationales et des mécanismes et acteurs transnationaux, enjeux mémoriels et représentations collectives.
Cet axe se propose ainsi de réinterroger la notion de crise dans l’histoire contemporaine et le temps présent à partir de contextes de violence, de situations extraordinaires entraînant des recompositions politiques, sociales ou économiques à différentes échelles temporelles et géographiques (Europe, Méditerranée, Afrique). Ces ruptures sont discutées dans une lecture dynamique des événements et à plusieurs échelles temporelles permettant de bien saisir les micro-évolutions en amont et en aval. En complément des approches traditionnellement développées dans les relations internationales, il s’agira ici de valoriser une approche par les acteurs, individuels ou collectifs, appréhendant les conflictualités à l’aune des hommes qui les portent. À la croisée des lectures nationales, internationales ou transnationales des tensions, il est question de définir les formes de rupture qui permettent de caractériser les crises et d’établir les formes de recomposition de l’action publique ; de saisir les seuils et degré de souffrance et/ou de violence qui peuvent légitimer l’intervention de forces armées. Trois champs thématiques sont privilégiés :
- Dynamiques multiscalaires et multisectorielles des crises
- Mécanismes de crises et recompositions des régimes internationaux
- Le nucléaire, entre facteur de crises et cœur du régime international contemporain
Mots-clés : Relations internationales, violences, crises, nouvelles conflictualités, mémoire, États, armées, groupes non-étatiques, diplomates, sécurité.

- Axe 6 / Normes, déviances, savoirs de gouvernement – animé par Audrey Freyermuth et Océane Perona
Ce pôle regroupe les chercheuses et chercheurs de l’unité qui partagent un même intérêt pour l’analyse sociologique des normes, en étudiant les entreprises d’édiction, de négociation, de contestation ou d’évitement dont elles sont l’enjeu. Ils déploient une sociologie des acteurs – qu’ils soient professionnels (producteurs de savoirs de gouvernement, cadres et agents des administrations, responsables politiques, syndicats, consultants, experts du droit) ou publics (usagers, recourants, « simples citoyens ») – et de leurs interactions qu’ils saisissent à travers les dispositifs, les savoirs et savoir-faire du gouvernement des populations à différentes échelles. Les travaux actuels et futurs portent sur la construction sociale des normes et des déviances, en interrogeant particulièrement les dimensions historiques et processuelles des logiques de situation de leur fabrique sociale. Les recherches sont enracinées dans une perspective critique attachée, d’abord, à mettre au jour les mécanismes de la construction des problèmes publics et des normes sociales et juridiques ; ensuite, à décrire et analyser la dimension processuelle des phénomènes étudiés (trajectoires, carrières, professionnalisation…) et, enfin, à en comprendre le caractère ancré. Deux objets sont privilégiés (mais non exclusifs) : le champ des études pénales et celui du gouvernement urbain.
Les trois principaux champs thématiques sont :
- Les nouveaux ressorts de la légitimité politique et de la professionnalisation du travail de gouvernement
- Production, évolution et usages des normes (transgressions et réactions sociales)
- Appropriations, contournements et internalisations des normes et savoirs de gouvernement par les publics.
Mots-clés : Normes, déviance, expertise, gouvernement, savoirs, police, justice, judiciarisation, criminalité, gouvernement urbain, problème public, action publique, travail politique, professionnalisation, carrière, administration, discriminations, inégalités, risque.


Les thèmes transverses

- Images et sciences sociales
A l’heure du développement de ce qu’il est convenu d’appeler les humanités numériques et au regard de changements dans les attentes sociales que les chercheurs peuvent se donner pour mission de satisfaire, de nouveaux horizons s’ouvrent aux chercheurs dans leurs façons de travailler comme dans l’appropriation des connaissances qu’ils contribuent à faire émerger par de larges publics.
Ainsi, des travaux du laboratoire explorent ce que la révolution numérique fait au travail des chercheurs en sciences sociales quand ils sont soucieux d’enquête empirique et d’attention aux interactions sociales. Elle rend l’image exploitable beaucoup plus facilement comme source, mais aussi comme outil de collecte et comme modalité d’expression. Son recensement et son indexation sont facilitées. Les opérations de filmage-cadrage-montage cessent d’être réservées à un monde de techniciens. La mobilisation de l’image non seulement dans la recherche mais aussi dans l’écriture de la recherche par rapprochement avec d’autres matériels ethnographiques dans des formes hybrides d’expression mérite enfin d’être explorée pour les objets de recherche de l’unité. D’autant que s’ouvrent de nouveaux cadres de coopération avec les professionnels de l’image.
Les questions traitées portent aussi bien sur enquêter avec l’image et écrire avec l’image que sur lire l’image et former à la recherche par l’image.

- Penser la différence (cas/séries, normalité/exceptionnalité)
Le rapprochement de sociologues, de politistes et d’historiens ouvre la voie à une réflexion épistémologique sur les processus de production et de validation de la connaissance scientifique.
La réflexion part du constat que les chercheurs en sciences humaines et sociales sont fréquemment confrontés à la double injonction de faire ressortir la différence et de la restituer dans un langage commun, c’est-à-dire de l’aplanir suffisamment pour la rendre compréhensible et partageable au-delà du seul champ des pairs spécialistes du sujet. Ce problème n’a cessé d’être réactivé au gré de l’histoire des sciences sociales, au fil des développements de la statistique comme de l’ethnographie, intimant parfois à ces disciplines une capacité de réadaptation ou du moins de remise en cause de leurs outils d’analyse. Les chercheurs qui pratiquent les démarches inductives, a fortiori celles qui s’inscrivent dans l’enquête de terrain ou l’immersion ethnographique, sont ainsi souvent confrontées à l’obligation de livrer des effectifs, des ordres de grandeur, des théories générales quand toute leur épistémologie réside dans l’attention au cas, à son contexte et à ses coordonnées historiques et sociales.
Comment préserver la singularité et la richesse des analyses contextuelles sans abandonner la formulation d’ambitions explicatives générales sur les tendances sociales ? Comment penser l’exceptionnalité des phénomènes sociaux sans céder aux méthodologies et aux théorisations ad hoc ? Les travaux menés dans ce cadre transverse interrogent les façons d’étudier et de rendre compte, auprès des pairs et dans la Cité, de situations inédites, exceptionnelles, impensées. Il s’agit d’envisager l’adaptation des outils d’analyse communs lorsque ceux-ci sont confrontés à la singularité ou encore des outils d’analyse du commun quand ils sont appliqués à l’extra-ordinaire. L’enjeu de ces questions est considérable tant sur le plan de l’épistémologie pratique des sciences sociales que sous l’aspect de leur capacité à faire entendre la voie/voix des chercheurs au-delà des seuls espaces professionnels de la parole académique.