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Étudier la crise sanitaire

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Séminaire général du LAMES
9 octobre 2020, 14h-16h30, salle Duby


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https://us02web.zoom.us/j/84328078256?pwd=bU8wLzVQRmR2Z3JUbE14T3kyNGsrdz09

ID de réunion : 843 2807 8256
Code secret : ePK0Xr



La séance de reprise de l’activité du laboratoire a pour thème la crise sanitaire, la COVID 19 et le confinement. Nombre d’entre nous ont travaillé sur ce sujet pendant le confinement, cette séance va permettre de présenter le travail réalisé et les principaux résultats de nos dernières recherches à l’ensemble des membres du laboratoire

- Sébastien Oliveau - « Suivi de la situation du COVID-19 en Méditerranée : DEMOMED - PUD-AMU »
- Rodolphe Dodier - « Transgression du confinement COVID-19 dans les espaces naturels »
- Nathalie Chapon - « Les assistants familiaux en France face au COVID 19 : Les conséquences sur les conditions de travail et les enfants confiés »
- Sylvia Girel - « Enquête - art contemporain & confinement »
- Laurent Mucchielli - « La controverse française sur le traitement médical du Covid »
- Marc Bernardot - « "Je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous" (A. Buzyn 18/03/2020). Pandémies, politiques publiques et métaphores aquatiques »
- Claire Duport - « Drogues en confinement »


Présentation des recherches en cours
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Sébastien Oliveau
« Suivi de la situation du COVID-19 en Méditerranée : DEMOMED - PUD-AMU »

En collaboration avec les ingénieurs de la plateforme universitaire de données d’Aix-Marseille (PUD-AMU), l’Observatoire Démographique de la Méditerranée (DEMOMED) propose sur son site internet un suivi de données de mortalité relatives à l’épidémie de COVID-19 en Méditerranée.
L’initiative avait pour premier objectif de faire un inventaire des sites fournisseurs de données ad hoc pour chaque pays de la Méditerranée (grâce notamment aux sites des instituts statistiques nationaux) ce qui permet dans le même temps d’assurer un suivi quotidien utile à la comparaison des statistiques de mortalité (présentées sous forme de graphiques). Ces graphiques comparés sont construits à partir des données fournies par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), et mises en regard si nécessaire avec les valeurs fournies par chaque pays depuis les sites nationaux. Nous valorisons également le suivi proposé à partir des données du CDC européen (Centre européen de prévention et de contrôle des maladies).
Trois types de graphiques sont été élaborés à partir données de l’Organisation Mondiale de la Santé :
• Le nombre de décès quotidien dû au Covid-19 pour chaque pays
• Le nombre de décès cumulés pour chaque pays, à partir du jour où le cumul atteint 25 décès.
• Le nombre de décès cumulés pour chaque pays, à partir du jour où le cumul atteint l’échelle 1/1 000 000 d’habitants dans le pays

L’OMS propose par ailleurs une cartographie mondiale
Il est précisé pour chaque site où trouver des données, graphiques et cartes interactives des cas de coronavirus. Tous les pays ont en effet désormais un site officiel dédié à la maladie, même si les contenus et formes des pages diffèrent sensiblement d’un pays à l’autre. Les pays ont tous mis en place des systèmes d’information dédiés au Covid-19, ce qui ne préjuge pas de la qualité/fiabilité des données qu’on peut y trouver.
La page de DemoMed est mise à jour quotidiennement et se concentre donc uniquement sur les décès. Ce choix de suivre les décès permet d’offrir une vision moins dépendante de la présence ou non de tests de dépistage. Cependant les décès donnent une image décalée dans le temps de la situation, puisqu’ils interviennent plusieurs jours après la transmission de la maladie et dépendent du délais d’enregistrement des causes des décès propre à chaque pays. DemoMed et la PUD-AMU continueront le suivi autant que nécessaire : si le nombre de décès cumulés n’augmente pratiquement plus en France par exemple, d’autres pays de la Méditerranée comme la Macédoine par exemple connaissent actuellement une hausse, et la question reste posée quant à l’évolution de la maladie dans le temps et dans l’espace.
- Lien vers la page



Rodolphe Dodier
« Transgression du confinement COVID-19 dans les espaces naturels »

Alors que le confinement induit par l’adoption de l’état d’urgence sanitaire n’autorise les sorties pour la promenade ou l’activité sportive qu’à partir du domicile et dans un strict rayon de 1km, des personnes transgressent cette règle en parcourant des espaces « naturels » du type massifs forestiers ou terrains de moyenne et haute montagne. Quelles sont leurs motivations ? Qu’est-ce qui pousse ces personnes à risquer une contravention, d’un coût élevé en cas de récidive, notamment au regard des moyens financiers des plus précaires d’entre-elles, habitants pauvres, saisonniers en fin de contrat ou travailleurs précaires des territoires de montagne ? De plus, le contexte du retour de formes de délation, de déprédations des véhicules sur la base de la plaque minéralogique, de contrôles par les forces de l’ordre nombreux et parfois peu distanciés, fait peser sur ces personnes des risques qui s’ajoutent à ceux pris dans le cadre de leur activité de plein air, notamment en montagne.
La période actuelle, qui va s’achever avec la levée du confinement des personnes, est de nature à offrir un cadre « critique » exceptionnel pour éclairer la question du besoin de nature. C’est l’occasion de saisir quelques pratiques inattendues et de les faire commenter à chaud pour commencer à en comprendre le sens. Faut-il y voir un plaisir trouble de la transgression, une éventuelle résistance à une mesure mal comprise ou considérée comme n’ayant pas de fondement sanitaire, ou des motivations d’ordre politique ou plus simplement une manifestation basique d’individualisme ? Nous souhaiterions ainsi investiguer le rôle de l’immersion dans la nature comme besoin fondamental de l’humain. Existe-t-il un besoin physique ou psychologique, de ressourcement par la nature ou de renforcement supposé de l’immunité individuelle chez ces pratiquants, en rupture avec l’ordre social ou, au contraire, comme modalité d’expression de la socialité de l’Homme ? Peut-on considérer un espace naturel comme un espace prophylactique, concept que nous avons contribué à forger (Papillon et Dodier 2011 ; RGA, Dodier 2019, Santé Publique et RFF) ?

Méthodologie de la phase exploratoire :
- Rencontre sur le terrain des personnes, prise de contact et courte interaction dans le respect de la distanciation sociale et de l’anonymat, avec interrogation sur les motivations « à chaud », préalable à un entretien sociologique plus classique en post-confinement.
- Comptabilité apparente sur le terrain, comptage de personnes ou de véhicules.

Lieux :
• Massif du Grand Luberon,
• Alpes du Sud (dans le souci d’alimenter des interventions post-crise dans le Master Gestion Durable des Territoires de Montagne à Gap), fort intérêt de ce type de lieu en raison du rôle répressif endossé par le PGHM, pourtant habituel ange-gardien des pratiquants.



Nathalie Chapon
« Les assistants familiaux en France face au COVID 19 : Les conséquences sur les conditions de travail et les enfants confiés »

La crise sanitaire du COVID-19 et la période de confinement pendant 2 mois en France a eu des répercussions considérables sur la protection des enfants, à la fois en termes de violence familiale mais aussi de prise en charge institutionnelle. Il a été constaté une augmentation de 30% des maltraitances sur les enfants, et dans le même temps un arrêt du fonctionnement des institutions judiciaires et de toute nouvelle prise en charge. Mais au-delà de ce constat, cette période a eu aussi des effets conséquents sur les enfants pris en charge dans les foyers et en familles d’accueil, avec un arrêt des visites parentales, un arrêt des suivis médicaux et psychologiques pour un confinement total. Ainsi face à cette situation les travailleurs sociaux que sont les assistants familiaux ont dû s’adapter, et trouver des solutions pour continuer de prendre en charge les enfants 24h/24, sans relai, ni soutien extérieur.
On compte aujourd’hui en France 40.000 assistants familiaux qui accueillent à leur domicile des enfants confiés par l’aide sociale à l’enfance, pendant un temps limité voire jusqu’à la majorité du jeune. Ces assistants familiaux sont des professionnels de l’enfance, ils sont salariés, certains syndiqués mais ont des conditions de travail singulières, puisqu’ils accueillent au sein de leur famille et à leur domicile les enfants confiés, en les élevant comme leur propre enfant. L’ambivalence de la profession se situe justement dans ce croisement délicat des espaces privés et professionnels. Comment ce travail invisible au sein des familles s’est-il déroulé pendant le confinement, comment les assistants familiaux ont-ils vécu cette période particulière en ayant la charge des enfants 24H/24 sans relais, ni réel soutien de l’institution ? Comment les enfants confiés ont-ils vécu cette période de confinement en famille d’accueil sans avoir la possibilité de voir leurs parents ou leur famille ?
Afin de mieux comprendre les conséquences du confinement sur les conditions de travail des assistants familiaux, mais aussi sur la prise en charge des enfants confiés dans les familles d’accueil, une enquête quantitative au niveau national a été adressée aux assistants familiaux, via les réseaux sociaux de trois organisations syndicales représentants des assistants familiaux ANAMAAF, FNAF, S.A.F Solidaires, et la participation de VOUSECOUTE. Cette enquête a été diffusée sur les sites internet des partenaires mi- avril. Au final 6388 assistants familiaux issus de tous les départements français ont participé à l’enquête, soit près de 16% de la totalité des professionnels, plus de 14000 verbatims ou contributions qualitatives ont été récoltées et analysées, à partir de ces éléments une analyse sociologique a été réalisée. 1550 assistants familiaux ont pu participer à cette enquête.
Cette recherche se propose d’analyser les conditions de travail des assistants familiaux pendant le confinement, les conséquences de la situation sur leur famille, l’exercice de leur métier et leurs sentiments en situation de crise ; nous aborderons les relations des assistants familiaux avec le service de placement, puis les répercussions du confinement sur les enfants confiés, notamment le maintien ou non des relations parentales, les conséquences du confinement sur la santé des enfants et le travail scolaire. Les résultats observés apportent des éléments permettant d’enrichir la réflexion actuelle en France sur le métier d’assistant familial portée par le ministère de la protection de l’enfance en vue d’améliorer les conditions de travail de ces professionnels et les conditions d’accueil des enfants confiés.



Sylvia Girel
« Enquête - art contemporain & confinement »

Dans le contexte particulier de la crise sanitaire, nous avons souhaité étudier les pratiques de l’art contemporain en temps de confinement. L’étude, proposée par le Laboratoire méditerranéen de sociologie, s’est faite en collaboration avec le Fonds régional d’art contemporain et le Cipac (fédération des professionnels de l’art contemporain). Les résultats permettent de mesurer les pratiques, d’observer ce que cette situation inédite a produit sur l’offre d’art contemporain en ligne, sur la manière dont elle a été diffusée, reçue et relayée.
L’enquête est close, 694 questionnaires recueillis. Il reste à traiter et analyser les résultats (septembre à novembre). Première présentation au congrès du Cipac (26 et 27 novembre 2020).



Laurent Mucchielli
« La controverse française sur le traitement médical du Covid »

La gestion politico-sanitaire de la crise du Covid-19 a été marquée en France par une intense controverse autour de la question du traitement médical. A l’origine, deux faits qui singularisent notre pays. Le premier est l’existence à Marseille d’un Institut Hospitalo-Universitaire spécialisé dans les maladies infectieuse, dont le directeur (le prof. Didier Raoult) a proposé une thérapeutique allant à l’encontre des préconisations officielles. Le second est la décision du ministère de la Santé de restreindre la liberté de prescrire des médecins de ville. Le sociologue s’efforce de comprendre les ressorts de cette gestion politico-sanitaire et de ces controverses. Il met notamment en évidence le rôle caché des industries du médicament, les imaginaires du progrès par la Science et les logiques de fonctionnement du débat politico-médiatique.



Marc Bernardot
« "Je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous" (A. Buzyn 18/03/2020). Pandémies, politiques publiques et métaphores aquatiques »

Parmi la multitude de discours produits à l’occasion de la pandémie de COVID 19, une figure de style s’est imposée autour de la forme de la vague dans les propos politiques, médiatiques et scientifiques. Nous chercherons dans cette communication à rendre compte de la variété des formules aquatiques, et liquides plus largement, pour décrire cette épidémie et ses conséquences. Nous proposerons ensuite de replacer cette configuration socio-sémantique dans le cadre des systèmes métaphoriques contemporains mobilisés à propos des politiques publiques et sanitaires plus particulièrement. Nous esquisserons enfin une interprétation de ce que cet architexte liquide exprime et cache à la fois concernant cet épisode inédit.



Claire Duport
« Drogues en confinement »

L’instauration des mesures de confinement et la fermeture des frontières par les pouvoirs publics à la mi-mars 2020 sont venus modifier les pratiques de consommation d’une large part des usagers de drogues, et perturber les activités de vente des produits stupéfiants illicites.
Pendant toute cette période, grâce au réseau de professionnels du soin et du champ d’application de la loi sur les stupéfiants et aux observateurs et comparses avec lesquels nous travaillons en continu, nous avons documenté les continuités et les changements qui se sont opérés en matière de consommations de drogues, de moyens d’achat, et de stratégies de vente par les réseaux de trafics ou entre particuliers, mais aussi la composition des produits qui ont circulé.

Autres recherches en cours

Pierre-Olivier Weiss
« Les conditions d’étude et de travail pendant le confinement en outre-mer »

C’est une enquête menée à l’aide de questionnaires (entre 200 et 3000 questionnaires complets) qui ont visé principalement les 4 publics suivants :
- Les étudiants-stagiaires des INSPE de Martinique et de Guadeloupe, de l’ESPE de Polynésie française et des ESPE/IFM de Nouvelle-Calédonie (questionnaire 1).
- Les étudiants de l’Université des Antilles (pôles Guadeloupe et Martinique) (questionnaire 2).
- Les étudiants des INSPE de Martinique et de Guadeloupe (questionnaire 3).
- Les enseignants du primaire et du secondaire dans les académies de Martinique et de Guadeloupe (questionnaire 4).
En très résumé, on réfléchit aux conditions matériels, sociales et économiques d’accès aux savoirs et à la formation d’un côté, et de l’autre, aux conditions de travail et d’enseignement à distance, le tout dans un contexte spécifique à savoir l’outre-mer de l’Etat français.
Pour l’instant, nous avons soumis un article pour la Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire (revue canadienne) dans le cadre d’un appel (il s’agit d’une comparaison entre Martinique, Guadeloupe, Polynésie et Nouvelle-Calédonie). Un autre article va être envoyé le 29 juin à la revue italienne Italian journal of health education, sports and inclusive didactics dans le cadre d’un autre appel (il s’agit là d’une comparaison entre territoires français d’Amérique).
D’autres soumissions sont prévues durant l’été et en septembre notamment à la revue Carrefours de l’éducation.


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