Rechercher






Accueil > HLM - Hors les murs > Archives "Autour du LAMES" 2019 et avant

Ecole d’été du CHERPA : ANCRER LES CIRCULATIONS Pour une approche par les acteurs, les espaces et les rapports de pouvoir

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Ecole d’été du CHERPA (26-28 juin 2019)


en ligne

Les circulations, les transferts et les mobilités sont aujourd’hui un objet d’étude commun à plusieurs disciplines des sciences sociales (science politique, relations internationales, sociologie, anthropologie, histoire, économie, géographie…). Elles sont devenues une perspective privilégiée pour étudier des dynamiques sociales touchant les territoires, les États, mais aussi pour approcher différents moments et formes de mondialisation (Lecler, 2013). Le « prisme circulatoire » (Vauchez, 2013) invite à sortir d’une approche stato-centrée afin de considérer l’insertion de différents espaces sociaux dans des circulations multiples. Ainsi, comme le rappelle Pierre-Yves Saunier, les circulations ont une histoire très longue, même si elles prennent des modalités inédites avec l’émergence des États-nations (Saunier, 2004). Au coeur des mondialisations, ces circulations sont protéiformes. Nous définissons les circulations comme des formes de mobilité d’individus et de tout ce qu’ils disent et qu’ils ne disent pas, de ce qu’ils pensent et son inverse, de ce qu’ils portent et transportent : des biens (matériels ou symboliques) et des produits de l’esprit (savoirs, idées, normes, pratiques, lois, croyances).
La présence ou l’absence de connexion entre plusieurs territoires a des effets structurants sur les trajectoires et dispositions individuelles. Les circulations, dans leurs formes voulues, imprévues ou subies, résultent des recompositions des territoires, nationaux ou locaux, qu’elles participent à reconfigurer en retour. Ces déplacements sont également soumis à des effets de pouvoir : certains sont un « mot d’ordre » de la mondialisation aujourd’hui (Vauchez, ibid.), quitte à en invisibiliser, dé-légitimer ou contraindre d’autres. Le contenu de ce qui circule, sa forme, ses modalités de circulation et les usages qui en sont faits, sont, ainsi, profondément ancrés dans des politiques et configurations nationales et locales ainsi que dans des rapports de force internationaux. C’est dans ce sens-là que, insérées dans des processus pacifiques ou violents, institutionnels ou informels, les circulations sont à la fois le leitmotiv et le résultat de coopérations et de tensions. Il est donc impératif d’interroger celles-ci à partir des acteurs et au vu des rapports qu’ils entretiennent avec les espaces (concrets ou imaginaires) sociaux et politiques dans lesquels ils sont insérés.
L’édition 2019 de l’École d’été du CHERPA se propose dès lors de prendre à bras-le-corps la question des circulations, en considérant celles-ci comme un processus, parfois conflictuel, d’interactions et d’interdépendances qui se produit à travers, au sein, et au-delà des frontières des États-nations. Résolument empirique et de préférence multi-située, notre approche est aussi configurationnelle, au sens de Norbert Elias. Plus qu’un processus de déplacement ou de transfert qui se produit de manière plus ou moins linéaire d’un point A à un point B, les circulations sont l’effet d’un jeu d’acteurs agissant dans des domaines et à des niveaux différents mais dont les actions, les interactions et les représentations se télescopent dans des rapports sociaux asymétriques. Nous proposons une conception relationnelle des circulations à partir de leur matrice que sont les interdépendances et dans lesquelles sont forgées les pratiques et les représentations qui donnent “corps et âme” aux circulations. Une telle approche rend saisissable le développement de liens, ou leur absence, entre territoires mais aussi entre niveaux et espaces de gouvernement. Quelles sont, alors, les spécificités d’une approche de sciences sociales qui déconstruit certaines catégories de « flux » pour repenser les circulations ?
Deux hypothèses soutiennent cette problématique. D’abord, toute circulation est fabriquée de l’enchevêtrement d’éléments matériels et symboliques. Les échanges matériels vont de pair avec la diffusion de représentations collectives, de normes et de savoirs, tandis que les circulations symboliques, culturelles ou religieuses sont également porteuses d’enjeux à proprement parler matériels et/ou économiques. Nous invitons donc à réfléchir ensemble à ce qui est tangible et à ce qui est intangible et à la manière dont ils s’imbriquent dans ces processus. Ensuite, l’État joue des rôles structurants sur les circulations : celles-ci se produisent soit au respect des dispositifs et des règles de l’État, soit en les contournant, ou encore en participant à leur transformation. Nous proposons alors de réarticuler les perspectives d’analyse de l’État par-le-haut et par-le-bas, pour décrire finement les rapports de pouvoir qui régissent la circulation des choses et des hommes.
Nous définissons trois points d’ancrage pour saisir concrètement les circulations transnationales : les acteurs, les espaces et les rapports de pouvoir. Ce sont également les trois axes de réflexion selon lesquels la thématique sera interrogée dans le cadre de cette Ecole d’été.

1) Intermédiaires et passeurs : vivre des circulations
Cet axe interroge les trajectoires, les profils sociaux et les pratiques des acteurs dont les modes de vie sont conditionnés par l’existence d’une frontière et sa traversée, ou sa transgression. Des contrebandiers aux « brokers », des fonctionnaires européens aux travailleurs frontaliers, des « experts » aux professionnels des mobilités, des contrôleurs de visa à la douane aux passeurs clandestins des mers, des volontaires humanitaires aux résidents des villages d’accueil de réfugiés, tous ont en commun de s’inscrire dans un espace transnational, tout en restant ancrés dans un ou plusieurs espaces nationaux. Qui sont ces petits ou grands « professionnels de l’international » (Lecler, Morival, Bouagga, 2018), ou ces multiples « passeurs » qui jonchent l’histoire de la circulation des hommes ? De quelles pratiques concrètes le travail d’intermédiaire est-il fait ? Quelles formes de ressources le fait d’être intermédiaire engage-t-il avant, pendant et après ? Par quels normes et standards leur travail est-il configuré ?
2) Hubs, frontières et forums : localiser le transnational
Cet axe interroge les espaces qui concentrent et façonnent les circulations. Ce sont à la fois des lieux institutionnalisés (hubs, frontières, zones franches, forums internationaux) ou moins institutionnalisés (comme par exemple des couloirs de Parlement, des bars, des lobbies d’hôtel ou encore des villes frontalières ou côtières). Ceux-ci, en effet, ont pour point commun de poser spécifiquement la question de ce qui peut circuler ou non, et suivant quelles modalités. La circonscription de ces espaces, intégrés pourtant dans des territoires plus larges, nous permettra de questionner les enjeux politiques, économiques et sociaux spécifiques dont le transnational est fait. Où et comment les circulations se donnent-elles à « voir » ? Quels objets et pratiques façonnent les manières de fréquenter ces espaces ? De quelle manière ces derniers condensent-ils des rapports de pouvoir, de coopération et de conflit ?

3) Les rapports de pouvoir
Les rapports de pouvoir facilitent ou freinent les circulations. Nous proposons de les inscrire dans deux logiques d’action : dominer et contester. Les logiques de domination se mettent en oeuvre à travers la création et l’usage de dispositifs et de techniques de régulation matérielle et politico-symbolique de ce qui circule, ainsi que par la circulation des techniques et savoirs d’États et des représentations sociales des groupes dominants. Par ailleurs, la circulation de techniques, de dispositifs et d’idées peut engendrer des réfractaires et des opposants. Ces derniers conduisent ont eux-mêmes différentes formes de circulation pour contester et contourner l’ordre existant (Keck, Sikkink, 1998). Le processus de circulation est, enfin, un moment d’invention, de traduction et de redéfinition qui transforme ceux qui y participent. Comment peut-on analyser des rapports de force à travers des phénomènes de circulation ? De quelle manière les logiques de coopération, de concurrence ou de conflit favorisent-ils ou empêchent-ils ces phénomènes ? Comment expliquer l’absence de connexion entre certains États, groupes sociaux ou territoires dans ce monde connecté ?

- membres du comité d’organisation :
dilek.yankaya@sciencespo-aix.fr
pluta.audrey@gmail.com
r-amine.benmami@hotmail.fr
simon.mangon@hotmail.fr

_

Agenda

  • Du 26 au 28 juin 2019 -

    Ecole d’été du CHERPA : ANCRER LES CIRCULATIONS Pour une approche par les acteurs, les espaces et les rapports de pouvoir

    Lieu : CHERPA Aix-en-Provence


Ajouter un événement iCal