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Projet FIFAS - De la fiction faire science

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

Pré-programme du séminaire FIFAS (état au 10/01/2017)
(Pascal Cesaro, Prism – Pierre Fournier, Lames)

Ce séminaire « De la fiction faire science » a été conçu comme un espace de recherche interdisciplinaire entre les sciences sociales, les arts et le monde professionnel des archives audiovisuelles et cinématographiques.
Il repose sur la volonté partagée de chercheurs, d’artistes et de professionnels d’explorer et de questionner les possibilités, induites par les technologies numériques, de renouvellement des méthodologies de la recherche impliquant l’usage d’archives. Il s’inscrit dans une volonté d’explicitation de nouvelles possibilités de recherche qui mobilisent des images de fiction au sein d’enquêtes ethnographiques. Il s’agit de passer de l’analyse d’une opportunité de recherche à la formalisation d’une démarche à la fois méthodologique (enrichissant les pratiques scientifiques) et didactique (créant des ressources réutilisables par les chercheurs et les doctorants dans d’autres domaines). Avec le souci de favoriser une synergie avec les acteurs socio-économiques et de proposer un modèle viable économiquement et juridiquement, que l’on pourra décliner dans divers domaines scientifiques.

Le projet FIFAS, dans lequel est intégré ce séminaire et qui est porté par les laboratoires PRISM et LAMES dans le cadre des projets « Pépinière » d’AMIDEX, vient en prolongement d’une coopération entre deux chercheurs, l’un en sociologie et l’autre en cinéma. Ils ont mené récemment une expérimentation qui visait à concevoir une méthode d’enquête ethnographique à partir d’archives de la télévision française, un feuilleton des années 1960 sur le monde nucléaire. Ce premier temps de recherche a été mené entre 2013 et 2016 dans le cadre du programme Nucléaire et société locale (NUXOLO), porté par le LAMES et le LESA dans un partenariat entre AMU, le CNRS et l’INA sur financement du Défi Needs de la mission à l’interdisciplinarité du CNRS. En projetant des extraits d’un feuilleton romanesque mettant en scène la vie de salariés du nucléaire à des personnes vivant aujourd’hui près du centre de recherche et développement où se joue la fiction, on a suscité chez elles des récits qui aident à comprendre ce que signifie venir travailler dans cette industrie civile et militaire et vivre tout près. On a profité de réminiscences provoquées par la proximité émotionnelle de l’expérience de ces personnes avec tel ou tel aspect de la réalité présentée dans le feuilleton, notamment avec des images particulièrement précises du travail. Et compte tenu qu’il s’agit d’une fiction, les enquêtés peuvent à loisir les qualifier de bien senties ou de fantaisistes. Par là, le dispositif d’enquête permet de dépasser les représentations abstraites du débat public sur ce sujet polémique ou le silence derrière lequel préfèrent parfois se retrancher les personnes vivant près des centres nucléaires quand ils sont persuadés de ne pouvoir être compris de leurs interlocuteurs.

Il s’agit maintenant de réfléchir aux conditions auxquelles pourrait s’envisager une réplication de cette démarche innovante de recherche mobilisant des images de fiction dans une enquête ethnographique par entretiens pour investiguer des configurations de parole empêchée par un débat public très polarisé, comme dans l’exemple du nucléaire.

A cette fin, il est envisagé :
-  un séminaire recensant les potentialités de cette démarche et les problèmes susceptibles de se poser dans sa mise en œuvre, ainsi que les pistes pour les dépasser
-  la construction d’un documentaire interactif servant à susciter et à soutenir, à partir de l’exemple de la recherche utilisant le feuilleton Les Atomistes, l’engagement de chercheurs dans cette voie. Le cahier des charges sera précisé au fil du séminaire initial.
-  des ateliers de pratique devant permettre aux intéressés de bien sentir les étapes du travail à envisager avant de tester la démarche sur leur objet. Ils serviront aussi à affiner la confection du documentaire interactif et à préfigurer la réponse à un appel à projets numériques pour la création de ressources pédagogiques.

Les 6 séances du séminaire qui se dérouleront de janvier à juin 2018.

Séance de lancement (30 janvier 2018)  :
Présentation du projet dans son ensemble
Devant un double public :
-  les membres du comité scientifique du projet, composé de personnes qualifiées, choisies pour des compétences précises,
-  un cercle plus large de chercheurs, d’étudiants avancés et de professionnels de l’image intéressés par la thématique.

- Les séances suivantes du séminaire se dérouleront toujours de la même manière :
Lors de chaque séance, 1 ou 2 experts présenteront au public du séminaire leur point de vue sur une question afin d’en débattre et de participer à la réflexion autour de l’idée de faire des sciences sociales à partir d’images, notamment d’images de fiction. Certains membres du comité prendront en charge des présentations (de la thématique, d’enjeux particuliers, d’images associées) et l’animation des discussions. Toutes les séances seront bâties autour d’un film qui viendra en dialogue avec l’expérience menée à partir des Atomistes. Cette recherche aura été présentée aux invités la veille à travers le visionnage du film Sur les traces des atomistes et une discussion sur le projet de webdoc.
- La lecture de l’article "De la fiction faire science : mobiliser un feuilleton télévisé des années 1960 pour parler autrement du travail dans le nucléaire" est aussi attendue des participants.

- Séance 2 (14 février) : L’archive comme support à l’enquête
par entretiens sur le travail, pour le chercheur comme pour le documentariste
- Séance 3 (13 mars) : L’enseignement de l’ethnographie sur le travail au moyen de l’image
- Séance 4 (date à confirmer) : Les droits autour des archives (de fiction) télévisuelles et cinématographiques
- Séance 5 (date à confirmer) : L’œuvre transformative, un défi supplémentaire ?
- Séance 6 (date à confirmer) : De nouveaux thèmes investigables avec cette démarche ?

Une journée d’étude annoncée pour janvier 2019 viendra capitaliser les potentialités qui auront été confirmées à l’épreuve de l’écriture du webdoc et les difficultés rencontrées de façon inattendue

Les ateliers de pratique, sans doute situés au printemps 2019, viendront illustrer :
-  le travail sur le corpus : choix, règlement des questions de droit d’auteur. Différentes sources d’images (de fiction) seront envisagées : INA, BNF, CNC, artistes prenant en charge une réalisation ad hoc d’images de fiction
-  le travail de remontage d’images
Le droit à la sélection d’images de l’INA et au remontage qui est à la base de cette proposition d’innovation méthodologique et qui est immédiatement engagé dans la préparation du webdoc est couvert par l’autorisation qui figure dans les CGU 2015 de la base dataset.ina.fr : elles parlent de « faire des démonstrations scientifiques de prototypes à partir de tout ou partie du corpus » susceptible d’être mis en ligne par l’INA pour des collaborations de recherche.

Le compte rendu du séminaire et de la journée d’étude, le webdoc et les ateliers de pratique serviront à formuler une proposition à soumettre aux appels à projets numériques pour la création de ressources pédagogiques (par exemple dans le cadre de l’UOH), pour donner un prolongement au programme s’il a montré la fécondité de la démarche de recherche utilisant la fiction pour faire science.

contacts : Pascal Cesaro (Prism),
Pierre Fournier (Lames)