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Soutenance de thèse - Rachida Brahim

par Sylvie Chiousse - publié le , mis à jour le

La race tue deux fois.
Particularisation et universalisation des groupes ethniquement minorisés dans la France contemporaine, 1970-2003

Sous la direction de Laurent Mucchielli (LAMES)
13 juin 2017, 14h, amphithéâtre MMSH (Aix)

Jury
- Stéphane Beaud, professeur des universités, Université Paris 10 (examinateur)
- Nacira Guénif-Souilamas, professeure des universités, Université Paris 8 (rapporteur)
- Françoise Lorcerie, directrice de recherche au CNRS, IREMAM (examinateur)
- Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS, LAMES (directeur de thèse)
- Christian Rinaudo, professeur des universités, Université Nice-Sophia Antipolis (rapporteur)
- Patrick Simon, directeur de recherche, INED (examinateur)

Résumé :
En France, entre les années 70 et fin 90, alors que la notion de crime raciste occupait fréquemment la sphère militante et médiatique, elle ne constituait pas une catégorie juridique dans la sphère judiciaire. La mésentente concernant le traitement des crimes racistes semble trouver son origine dans le fait que deux conceptions d’une même réalité ont pu coexister pendant une trentaine d’années : la réalité des membres du groupe concerné par ces violences d’une part et celle émanant du droit étatique d’autre part. Alors que le caractère raciste des violences ne faisait pas de doute pour les premiers, l’idée d’un mobile raciste nécessitant une révision du droit a au contraire régulièrement été rejetée par les parlementaires. D’un point de vue législatif, il a fallu attendre l’année 2003 pour que la France adopte une loi permettant de prendre en compte l’intention raciste d’un crime. Depuis cette date, sous certaines conditions, le mobile raciste peut constituer une circonstance aggravante dans les infractions de type criminel.
Cette thèse s’intéresse à ces deux vérités et aux circonstances qui ont déterminé leur existence. Elle vise notamment à interroger le rôle joué par le droit étatique dans la production et le maintien des catégories ethnoraciales par-delà la politisation des violences qui en résultent. D’un point de vue empirique, l’enquête a consisté à confronter la parole des militants ayant dénoncé une double violence, celle provoquée par les agressions d’une part et celle induite par leur traitement pénal d’autre part, à un ensemble de sources archivistiques émanant des services du ministère de l’Intérieur et du Parlement. D’un point de vue théorique, les apports de la sociologie et de l’histoire de l’immigration ont été complétés en intégrant les réflexions des théories de l’ethnicité et de la Critical Race Theory.
En définitive, cette recherche met en évidence le fait que l’universalisme républicain fait partie intégrante du processus de racialisation. En revenant sur les dispositions majeures de la politique d’immigration et sur la figure stigmatique de l’homme arabe, un premier axe s’intéresse à la manière dont le droit étatique a particularisé une catégorie d’individus en participant à la production des catégories ethnoraciales. Un deuxième axe vise à caractériser les crimes racistes qui ont été dénoncés entre les années 70 et fin 90. Un dernier axe enfin étudie la carrière juridique du mobile raciste durant cette même période. Il expose la manière dont la législation antiraciste a invisibilisé la question des crimes racistes et implicitement maintenu les catégories ethnoraciales en appliquant des règles universelles à des groupes qui avaient auparavant été différenciés.

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