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ATRI 2014 - RAPPORTS AU ET DE TRAVAIL DANS LA MONDIALISATION. Implantations et partenariats d’entreprise au Maghreb. RTM-IPEM

par Sylvie Chiousse - publié le

ATRI 1 « Systèmes productifs, circulations, interdépendances »
Porteur(s) : YOLANDE BENARROSH, coordinatrice pour le LAMES

- Présentation du projet
Ce projet est à l’initiative de chercheurs de trois laboratoires du LabexMed : le LAMES (Y. Benarrosh - coordinatrice - et S. Mazzella, toutes deux sociologues) ; le Lest (E. Verdier, économiste et sociologue) et l’IREMAM (K. Chachoua, anthropologue). Nous partageons une connaissance approfondie d’un des pays du Maghreb, ainsi que l’expérience d’enquêtes de terrain réalisées dans la région sur laquelle nous entendons nous concentrer. D’une façon générale, nos recherches portent sur les circulations de savoirs et de connaissances entre les deux rives de la méditerranée, et des normes sur le plan international, en matière aussi bien de travail que d’éducation et de formation – trois « champs » dont nous sommes spécialistes.
Cette recherche amorce se concentre sur le processus et les modalités de « l’acculturation » de certaines populations de ces pays à des formes et des normes singulières de mise au travail, celles du travail salarié (de « l’emploi »), et plus précisément du travail industriel. La rencontre avec cette forme de travail se développe en effet dans certaines régions du Maghreb, sous l’effet de la mondialisation, par le biais d’implantations d’usines multinationales (voire de création de zones franches d’exportation, à l’exemple de Tanger au Maroc), de partenariats entre entreprises locales et entreprises du « Nord » d’un même secteur d’activité (exemple du partenariat Danone/Djurdura en Algérie –cf. Boukrif et Madoui, 2014), ou encore de la volonté de rationaliser et d’étendre une production existante par la création d’une « filière » et en recourant à des modèles et des conseils étrangers (exemple du « bassin laitier » de Freha en Kabylie, Algérie – cf. Chachoua et Si-Tayeb, 2014, en cours).
Ces implantations, ces partenariats et ces processus de rationalisation signifient à chaque fois des rencontres entre différentes « cultures du travail ». Elles invitent ainsi à s’intéresser à la façon dont coexistent, se frottent ou s’hybrident les rapports au travail des personnels locaux et des expatriés, des personnels locaux d’encadrement et de ceux d’exécution (les premiers ayant été formés à l’étranger ou localement selon des cursus et modèles occidentaux - de management par exemple -), aux regards croisés entre ces populations, et aux relations de travail qu’elles entretiennent. On pourra décrire aussi bien des effets d’imposition, que des tensions, des compromis, des formes variées de négociation, d’adaptations mutuelles, voire d’hybridations entre modèles productifs ou « manières de travailler ». La comparaison entre les différents cas de figure semble ainsi indispensable pour pouvoir saisir les différentes voies, les conditions et les conséquences de la mise au travail « rationalisé » qu’entendait déjà décrire M. Weber.

- Thématique et contexte scientifique
Comment interpréter le développement contemporain d’un salariat mondialisé ? Si ce mouvement n’est pas la simple réplique de la création du salariat, telle qu’elle a été étudiée par exemple en France depuis la fin du 19e siècle , quelle peut être sa signification ? La mondialisation du salariat, observable aujourd’hui sur la rive sud de la Méditerranée, engage une circulation de capitaux, d’hommes, d’idées et d’expertises politiques associées : elle conjugue la venue dans ces pays de capitaux eux-mêmes « mondialisés » (pays occidentaux et émergents), le déplacement d’une main d’œuvre d’expatriés en provenance de différentes régions du monde et la transplantation de formes d’organisation, de processus productifs, donc de régimes de travail.
L’essor d’un travail industriel et salarié dans des régions qui connaissent encore peu cette forme technicienne, gestionnaire et sociale de travail (alors que nos pays font plutôt face à une désindustrialisation), pose fondamentalement la question de ce que travailler veut dire et implique en termes de transformations des modes de vies et des repères, à l’heure de l’actuelle mondialisation, pour les personnes et populations nouvellement ou récemment engagées dans ces modalités de mise au travail au Maghreb . La question engagée est bien sûr celle du processus d’individualisation, d’ores et déjà observable dans les centres urbains, qui draîne avec lui bien des tranformations conjointes.
A partir de terrains spécifiques, cette amorce vise à poser les jalons intermédiaires nécessaires pour revisiter, en le contextualisant, le questionnement fondamental, à la fois sociologique et anthropologique, rapidement résumé ci-dessus : que produisent les rencontres entre différents rapports au travail au sein d’entreprises « culturellement mixtes » ? Quelles “hybridations” entre cultures du travail et systèmes productifs peut-on observer ? Dans les cas d’implantations d’entreprises multinationales, assiste-t-on à l’intégration ou à la disjonction entre régions d’implantations et autres régions des pays d’accueil ? Quelles sont les interdépendances entre populations expatriées et populations locales, comme entre différents sites géographiques d’implantations d’un même complexe productif ? Quels modes de calculs comparatifs inter-sites (des coûts de production, de la productivité et de la commercialisation des produits), permettent d’envisager des “marges d’hybridation” et des temps d’adaptation des (et aux) nouveaux sites d’implantations… avant leur montée en régime ?
Ce pré-projet entend permettre une réflexion collective et comparative, autour des thématiques pré-citées, sur trois cas de figure : les implantations d’entreprises multinationales sur la rive sud de la méditerranée, avec transplantation de standards de travail prédéfinis ; les partenariats entre entreprises Nord/Sud visant à instaurer, au Sud, un mode d’organisation productive nécessaire à la montée en charge d’industries locales et de marchés intérieurs ; et la rationalisation économique d’un secteur d’activité initialement artisanal et local.

- Originalité de la recherche
Le choix de l’entrée “RTM”, qui a été peu traitée systématiquement, nous incite à la constitution d’un réseau de chercheurs dont les travaux permettent d’aborder au mieux cette thématique précise, dont l’enjeu croît à la mesure de l’accélération récente de ce mouvement d’acculturation. Notre réseau se compose, outre des collègues précités appartenant au LabexMed, de collègues, sociologues, anthropologues et économistes, d’autres laboratoires français (IDHE, LISE CNAM, CMH et LAIOS-IIAC), algériens (des universités Tizi-Ouzou et Bejaia) et marocains (des universités de Tanger-Tétouan et Larache). Les uns et les autres travaillant déjà, pour la plupart d’entre eux, en collaboration. (Dans le cours de cette recherche amorce, on s’efforcera de rallier également des collègues Tunisiens travaillant sur ces questions et sur des cas s’y rapportant : contacts pris avec l’université de Tunis et l’IRMC).
Si les sciences économiques et sociales ont bien documenté une partie des phénomènes associés à la mondialisation du salariat, nous savons encore peu de choses sur la façon dont les hommes et les femmes employés dans les entreprises transplantées, ou dans les entreprises « hybridées » selon les modalités du partenariat ou de l’expertise, se confrontent à leurs manières respectives d’envisager le travail, de l’organiser et de s’y engager. On peut aussi faire l’hypothèse qu’accorder un sens au travail suppose, dans ces contextes, d’élaborer un point de vue – plus ou moins réflexif et critique – sur ce que ces implantations ou ces partenariats entraînent dans les manières d’être et d’agir des cadres, des employés et des ouvriers : manières de coopérer, rapport au travail et à la discipline, rapport au temps et à la gestion du temps, formes de gouvernance et de gestion de la main-d’œuvre, etc. Sur ces sujets, la littérature anthropologique est, sauf exception, rare et ancienne (cf. bibliographie), mais a posé des questions fondamentales, qui méritent d’être retravaillées à l’aune de l’actuelle mondialisation. Les nouvelles formes d’emploi et de mise au travail introduites par cette co-présence Nord/Sud… au Sud, si elles sont un moyen de capter les dynamiques et les ressources d’un territoire (existence d’une main d’œuvre jeune, qualifiée et disponible) impliquent des tensions, des compromis et des formes d’acculturation à de nouvelles modalités d’engagement dans le travail, qui ne peuvent manquer de provoquer des transformations en cascades dans la vie de ces sociétés et de leurs populations.

- Objectifs : Jalons d’une « comparaison RTM » de « cas IPEM »
Un volet empirique exploratoire est prévu dans le cadre de ce pré-projet, afin de mener de premières investigations sur le cas de multinationales implantées dans la Zone Franche de Tanger au Maroc. Il s’agit là d’un cas d’école particulièrement intéressant dans la mesure où il combine les différentes dimensions de notre problématique. Ce « laboratoire » offre un terrain de choix pour articuler ces questions et lui comparer efficacement d’autres cas et configurations de rencontres entre « cultures de travail » (notamment les cas de partenariat d’entreprises Nord/Sud ou de rationalisation économique et productive actuellement traités par nos collègues sur des terrains en Kabylie, Algérie).

- Caractère interdisciplinaire
Cette « amorce » de recherche entend réunir dans un premier temps un réseau de chercheurs dont les travaux antérieurs peuvent naturellement confluer vers le questionnement ici proposé. Quatre disciplines seront mobilisées à travers eux : économie et sociologie (du travail et des politiques publiques), anthropologie du travail, sciences de gestion. Dans la perspective d’une ANR, nous intégrerons ultérieurement la collaboration d’historiens et de géographes qui s’intéressent au travail, aux systèmes productifs et à leur globalisation. Les travaux sociologiques et économiques des membres actuels de notre réseau ont pour caractéristique d’inscrire la question du travail à la croisée des disciplines, ainsi que la bibliographie raisonnée ci-dessous l’indique. Mentionnons, à titre d’exemples de l’inscription de nos travaux, et des questions du travail et de la formation, à la croisée des disciplines, les travaux suivants : entre sociologie et histoire (Vatin, 2007), entre sociologie et économie (Bidet, Vatin 2009 ; Madoui 2012 et 2014, Benarrosh 2003 et 2014) ; entre sociologie anthropologie appliquée au travail (Benarrosh 2001 et 2014, Benarrosh et Rachedi 2009, Madoui 2004, Chachoua 1986 et 2010, Ouédraogo et Fofana 2009, Ouédraogo 1989), dans la filiation de l’anthropologie du travail et des techniques (Bidet, Rot, Vatin et al, 2006 ; Ouédraogo, 2009) ; sociologie et économie appliquées à la circulation des normes productives et cognitives (Chachoua et Si-Tayeb, 2014 enquête en cours ; Mazzella 2009 et 2014, Verdier 2009 et 2013, Benarrosh 2001 et 2014, Benarrosh et Belkheiri, 2014)

- Apport à la dynamique de LabexMed
3 laboratoires de la MMSH sont représentés et mis en réseau entre eux et avec des chercheurs d’autres unités, à Paris, au Maroc et en Algérie.
Des doctorants (allocations doctorales) pourront y être associés si ANR, en co-tutelle avec nos collègues Maghrébins.
Invitation des étudiants de Master et doctorants intéressés aux séminaires du réseau ; rentrée 2014 : encouragement à se saisir de la thématique dans leurs projets de mémoire + stages sur terrains la rive sud de la méditerranée ; interventions des membres du réseau dans les séminaires de master et doctorants. On pense notamment au Master Recherche de sociologie AMU et au Master Pro de sociologie AMU dont la thématique est explicitement interméditerranéenne ; les étudiants d’autres disciplines seront bienvenus à ces séminaires).

- Partenaires
- Pour la MMSH Aix-en-Provence, 3 laboratoires représentés :
LAMES (partenaire 1) ;Yolande Benarrosh, professeur de sociologie, AMU (coordonne le projet) ; Sylvie Mazzella, chargée de recherche CNRS/HDR, sociologue, directrice du Lames ; LEST (partenaire 2) : Eric Verdier, directeur de recherche CNRS ; sociologue et économiste. ; IREMAM (partenaire 3) : Kamel Chachoua, chargé de recherche CNRS, anthropologue (chercheur associé au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), d’Alger.
- Autres laboratoires : France, Algérie, Maroc (NB : la numérotation des partenaires suit l’ordre alphabétique) :
CMH-ENS/Paris (partenaire 4) : Alexandra Bidet, CR1 CNRS, sociologue ; IDHE Cachan/Université de Paris Ouest la Défense (partenaire n°5) : Gwenaëlle Rot, MCF sociologie, François Vatin, économiste et sociologue, professeur de sociologie ; IIAC-LAIOS EHESS /Paris (partenaire n°6) : Jean-Bernard Ouédraogo, directeur de recherche CNRS, anthropologue. Membre de l’American Sociological Association, Section on Global and Transnational Sociology. ; LISE-CNAM/Paris (partenaire n°7) : Mohamed Madoui, professeur de sociologie ; MAROC (Universités de Tanger-Tétouan-Larache) : ETD (Economie, Territoires et Développement) (partenaire n°8) : Université Abdelmalek Essaâdi, Tanger-Tétouan : Omar Belkheiri, Professeur d’économie ; Sirine Al Hachemi, Doctorante, Centre d’Etudes Doctorale, ENCG Tanger ; Asmaa Reklaoui, Professeur d’économie ; Université de Larache (même laboratoire ETD) ; ALGÉRIE (Bejaïa et Tizi-Ouzou) : Université Bejaia (partenaire n°9) : Moussa Boukrif , MCF/HDR économie-gestion ; Université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou (partenaire n°10) : Si Tayeb Hachemi, Agronome, Maitre de conférences au département des sciences biologiques.