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Farida Souiah - En Algérie, « la figure d’une jeunesse réconciliée avec la mobilisation politique »

par Sylvie Chiousse - publié le

Le Monde, "Tribune" 4 mars 2019

"Les manifestations en Algérie font émerger une nouvelle figure symbolique de la jeunesse, pacifiste, « pleine d’espoir, d’humour et de détermination », souligne la politiste Farida Souiah dans une tribune au « Monde ».
Tribune. Sur l’une des innombrables photographies des manifestations qui circulent sur les réseaux sociaux depuis le 22 février, on voit de jeunes hommes tenant une banderole noire. Au côté du dessin d’un bras qui brandit un flambeau figure une phrase en dialecte que l’on pourrait traduire par « On ne “brûlera” pas. C’est vous qu’on brûlera. » Ce slogan fait référence au phénomène des harraga, ces « brûleurs » de frontières qui tentent de quitter leur pays, sans passeport ni visa, sur des embarcations de fortune au péril de leur vie. Brûlant les étapes nécessaires à un départ qui respecterait les contraintes imposées par les Etats, une fois arrivés, ils brûlent également leurs papiers d’identité afin d’être plus difficile à identifier et donc à expulser.
Fuir la précarité et le mépris
Pour expliquer les raisons qui les poussent à partir, les « brûleurs » évoquent leur impression de ne pas avoir véritablement de vie en Algérie, notamment pour des raisons économiques. Beaucoup sont relégués au secteur informel de l’économie et ont des revenus faibles ou irréguliers. Leur situation est d’autant plus difficile à vivre qu’ils ressentent un profond sentiment d’injustice, car l’ordre socio-économique leur apparaît illégitime et la réussite déconnectée du mérite. Les « brûleurs » affirment qu’il est impossible de réussir sans argent ou réseau. Ils parlent de hogra. Ce terme – qui signifie littéralement « mépris » – a un sens bien plus vaste. Il désigne un abus de pouvoir qui crée un sentiment de frustration et d’impuissance chez celui qui le subit. Souvent synonyme d’injustice et d’impunité, hogra désigne également le mépris des dirigeants pour leur peuple. A bien des égards, les raisons de partir et celles de se mobiliser pour contester semblent similaires, mais jusqu’alors les harraga rejetaient la politique, ayant la conviction que la situation du pays ne pourrait pas s’améliorer. [...]"